Ayant chapardé
deux raviers de compote de pomme encore bien chaude, compote caramélisée
dont a le secret 'tite Jeanne, je reviens de la cuisine en faisant le
moins de bruit possible et en marchant sur la pointe des pieds évitant
ainsi les grognements et les "non-mais-en-voila-des-façons-m's'ieur-l'marquis!!! de la gouvernante, "Et puis" pensais-je " elle ne remarquera pas que deux raviers manquent..."
Tout en marchant de la cuisine au salon, n'en tenant plus devant cette
sublime odeur et tentant de retenir au mieux une salive d'envie, mon
ravier se vide alors raclé par une cuillère en argent. Un peu
primesautier en cette soirée je dépose sur la table le dernier bol
fumant en ricanant.
Flily devine à mon air que j'ai fait encore une vilainerie à Jeanne et
me regarde en hochant la tête,me souriant elle murmure une réprimande
puis elle-même en riant attrape le dernier ravier "emprunté" à la
gouvernante.
Mon séant prend place dans ce fauteuil
qui m’accompagne depuis tant de temps, lors des créations de mes plus
beaux chefs-d’œuvre sauf "L'école des femmes" que j'avais écris à
Alençon.
"Alençon"... Je me sers un verre
d'Hypocras en regrettant le fameux vin de Tarbes puis je met en bouche
une généreuse rasade du nectar qui, lentement glisse dans mon gosier
pendant que ma tête essaie de trouver un appui sur le fin coussin de
dentelle.
Un livre glisse lentement de mes genoux et n'essayant pas de le rattraper je sombre dans un léger sommeil.
"Alençon"... Mes yeux lourd se ferment et dans une éclipse de mes souvenirs je revois cette jouvencelle aux yeux bleus et aux cheveux noirs. **Noémie,
non Noémia non non... Noalia! Oui voila son nom: Noalia, douce et jolie
petite jouvencelle de Mortagne. Son rire me berce encore, nos baisers
volés sont toujours présents sur mes lèvres.
"Messire Molière je ne peux vivre sans vous, je préfère mourir que de vous savoir loin de moi... Je vous aime, ne me laissez pas!!" me dit-elle un jour à Alençon. "Messire Molière..." "Messire Molière..."
Les jours passant je n’eus plus de
nouvelles. Je me rappelle... Je l'ai cherché dans les rues et attendu
quelques jours puis le départ vers Mortagne m'a fait oublier la couleur
de ses yeux et le gout de ses baisers.
J'entendis bien des jours après que la milice avait trouvé un corps
d'une jeune jouvencelle sans vie sur un nœuds aux abords de la capitale!
Était-ce Noalia? Pauvre petite... Je ne voulais pas cela... Pardonnez-moi!! Pardonnez-moi!! Je ne voulais pas...**
Je sent mon visage devenir alors rouge écarlate. Je donnais la faute à
ce breuvage qui monte à la tête ou à ce feu ravigoté par Jeanne mais je
me sens coupable de la perte de cette ravissante jeune fille. Yahweh
dans sa grande miséricorde me le pardonnera-t-il?
Je relève la tête en sursautant et
regarde autour de moi un peu hébété. Tentant de reprendre mes couleurs
et mon sourire je m'adresse alors à mon épouse:
Hem chérie, dites-moi mon Cœur, avez-vous quelques nouvelles de vostre marraine Bercepuce ainsi que de son mari?
Voila longtemps que nous ne leur avons rendus visite.